CHANGEMENTS DE POPULATION ET PARCOURS DE VIE: Un Réseau stratégique de connaissances

Dossier de politique No. 25 - mai 2015

Les immigrants sont-ils en meilleure santé que les natifs du Canada?

Résumé

Plusieurs études montrent que les immigrants sont en meilleure santé que leurs concitoyens du pays d’accueil, du moins dans les premiers temps suivant leur arrivée. Le présent travail de synthèse (prenant en considération 77 travaux empiriques sur la question) démontre que si l’effet de « l’immigrant en bonne santé » est souvent avéré chez les immigrants adultes, il en va tout autrement chez les enfants ou les personnes âgées. L’ampleur de l’effet de sélection est aussi nettement plus significative pour les indicateurs de mortalité que de morbidité. Notre analyse suggère que les politiques en matière de santé des immigrants ne peuvent être de type « taille unique » et qu’ils doivent prendre en compte l’âge des immigrants et les indicateurs de santé pour lesquels les immigrants sont vulnérables.

Faits saillants

Méthodologie

Nous avons analysé les recherches publiées en français ou en anglais entre 1980 et 2014 dans les revues de sciences sociales, sciences comportementales, médecine, santé publique et travail social. Les moteurs de recherche utilisés ont été PubMed, Medline, Embase, Global Health, SOC Index, JSTOR, et Clinical Key, avec les mots-clés « healthy immigrant effect », « migrant health », « immigration and health ». La base de données totalise 1135 articles et rapports. De ce nombre, 200 ont été réalisés au Canada ou incluent le Canada dans le cadre d'une analyse internationale. Nous avons également identifié et récupéré des publications jugées pertinentes citées dans les publications canadiennes. Au total, notre revue porte sur 77 études.

Données

Avec 6,7 millions d'immigrants au Canada, et une augmentation projetée de 334 000 personnes par an de plus autour de 2036 (Statistique Canada, 2014), la santé des immigrants et de leurs descendants pourrait avoir des répercussions importantes sur les systèmes de santé des Canadiens de demain. De nombreuses études ont montré que les immigrants adultes sont généralement en meilleure santé que la population née dans le pays d’accueil, du moins durant les premières années. Ils ont aussi tendance à être en meilleure santé que les non-migrants dans les pays d'origine. Ce phénomène a été observé en Europe, aux États-Unis et au Canada. Bien que plusieurs études aient déjà abordé la santé des immigrants canadiens, peu d’entre elles ont proposé une revue systématique de la question sous l’angle de l’âge et des parcours de vie des immigrants. Le présent rapport comble cette lacune.

Le système de points du Canada sélectionne les immigrants sur la base du capital humain et favorise les individus qui maîtrisent la langue du pays d'accueil et ont un haut niveau de scolarité, une solide expérience de travail et d'autres compétences qui contribuent au succès sur le marché du travail post-migratoire. Ces caractéristiques sont également corrélées à une meilleure santé. En outre, le Canada soumet ses candidats à l’immigration à un examen médical, afin de minimiser les coûts de soins de santé et les risques pour la santé publique.

Au niveau individuel, le processus d’immigration tend à favoriser le départ de personnes qui sont en bonne santé et qui sont en mesure de planifier et d’assumer leur séjour. En conséquence, les migrants détiennent des caractéristiques personnelles qui sont associées à un niveau de santé au-dessus de la moyenne.

Cela dit, les immigrants originaires de pays aux régimes hypocaloriques peuvent avoir plus de difficultés à s’adapter à des environnements riches en calories. L'obésité menace les immigrants incapables de faire face à la forte teneur en glucides de l’alimentation nord-américaine.

Notre revue montre que la santé des immigrants varie selon la durée de leur séjour dans leur pays d’accueil. Nous notons aussi des différences entre les sous-groupes (adultes, enfants, personnes âgées) au sein de la population immigrée.

Écarts de santé à travers le parcours de vie

Période périnatale

Les mères immigrantes s’évaluent en moins bonne santé que les mères nées au Canada. Elles ont également des problèmes de santé plus fréquents, par exemple liés à la période post-partum (douleurs, saignements, hypertension artérielle, infections et mauvaise santé générale) que leurs compatriotes nées au Canada.

Les immigrantes sont plus susceptibles d'avoir des bébé petits pour leur âge gestationnel que les femmes nées au Canada. Toutefois, considérant que la détermination de ces naissances peut varier en fonction de la courbe de référence de poids à la naissance utilisée, il est difficile de savoir si cette forte représentation chez les femmes immigrantes est signe d’un véritable déficit de santé.

Enfance et adolescence

En raison de multiples variation dans l'état de santé des enfants d'immigrants à travers les différentes mesures, nous ne pouvons affirmer que ceux-ci sont en meilleure ou moins bonne santé que les enfants nés au Canada. Même chose pour les adolescents. Les études des enfants et la prise de poids des jeunes, telle que mesurée par l'indice de masse corporelle, ont produit des résultats mitigés.

Adultes

En général, les immigrants ont tendance à mieux se positionner que les adultes nés au Canada en en ce qui concerne la santé mentale, les limitations fonctionnelles et les maladies chroniques. En revanche, les résultats pour l’auto-évaluation, les comportements à risque, et le surpoids et l’obésité étaient plus hétérogènes et variés en fonction du pays d'origine et de la durée de la résidence au Canada.

Personnes âgées

La santé des immigrants aînés est en général similaire à celle de leurs compatriotes nés au Canada. Les immigrants aînés présentent des risques similaires de maladies chroniques et de santé mentale que les personnes âgées nées au Canada. Les auto-évaluations de santé ont révélé des écarts en fonction du parcours des immigrants, de la durée de leur séjour au Canada, et entre les hommes et les femmes.

Réfugiés

Peu d’études portent sur la santé des réfugiés, mais celles que nous avons pu consulter démontrent que ceux-ci, et leurs enfants, ont tendance à avoir une moins bonne santé que la population née au Canada. Par exemple, les réfugiées qui ont accouché à Montréal, Toronto et Vancouver courent un risque cinq fois plus élevé de subir une dépression post-partum par rapport aux mères nées au Canada. Elles ont également, quatre mois après l'accouchement, des problèmes plus fréquents de douleurs, saignements, hypertension artérielle, infection, et de santé psychosociale en général. De même, les problèmes de santé infantile sont plus fréquents chez les bébés nés de réfugiées.

Mortalité

L’effet de sélection des immigrants en santé est très net pour un indicateur comme la mortalité. La plupart des études ont montré une mortalité moins élevée chez les immigrants par rapport aux natifs, qu’il s’agisse de la mortalité générale ou par cause.

Dossier de Politique 25 Tableau 1

Discussion

Les explications actuelles de l'effet de l'immigrant en bonne santé ont tendance à se concentrer sur la sélection, l'acculturation, ou d'autres expositions dans des environnements nuisibles après la migration. Les deux derniers facteurs sont souvent mesurés en utilisant la durée de résidence dans le pays d'accueil des immigrants et l'hypothèse que les immigrants sont plus acculturés à long terme et ont été plus exposés à des environnements post-migration nocifs que les immigrants récents. D'autres déterminants de la santé des immigrants (par exemple, le soutien social, le statut socioéconomique et les caractéristiques du quartier) ont également été examinés.

Notre analyse soulève de nombreuses questions qui devraient être abordées dans les recherches futures si nous voulons mieux comprendre l'effet de l'immigrant en santé au Canada. Premièrement, les études que nous avons examinées ne tiennent pas compte des expériences pré-migratoires. Par exemple, l'exposition à des famines ou à des maladies de la petite enfance, dans le pays d'origine, peut avoir des effets sur la santé des migrants, même après leur déménagement dans un nouveau pays. À notre connaissance, aucune des enquêtes représentatives au niveau national couramment utilisés pour évaluer la santé des immigrants au Canada ne contient des informations sur les expériences pré-migratoires. Deuxièmement, des enquêtes longitudinales doivent être développées dans le futur afin de mettre en lumière les processus de détérioration ou de convergence.

Conclusion

La politique d'immigration au Canada avantage les personnes ayant une bonne santé. Compte tenu des liens étroits entre le capital humain et la santé , nous nous attendions à voir un avantage clair pour la santé des immigrants par rapport aux résidents nés au Canada. Nous avons constaté un modèle beaucoup plus complexe que prévu. La tendance était assez hétérogène, avec un avantage de santé plus forte chez les immigrants adultes, mais moins pour la morbidité durant la petite enfance, l'enfance et adolescence, et la fin de vie. Notre approche nous a permis de faire preuve de nuances au sujet de l'effet de l'immigrant en bonne santé, qui apparaît comme une réalité incontestable dans la littérature.

Bibliographie sélective

À propos de l’étude

Ce dossier de politique résume l’étude intitulée The Healthy Immigrant Effect in Canada: A Systematic Review par Zoua M. Vang, Jennifer Sigouin, Astrid Flenon, et Alain Gagnon (2015), paru dans le Document de travail de Changements de population et parcours de vie: un réseau stratégique de connaissances.

Ce dossier de politique fut rédigé par les auteurs de Document de travail.

Pour de plus amples informations, contactez Zoua Vang, Université McGill ou Alain Gagnon, Université de Montréal.