CHANGEMENTS DE POPULATION ET PARCOURS DE VIE: Un Réseau stratégique de connaissances

Dossier de politique No. 20 - mars 2015

Les Canadiens très âgés forment une nouvelle réalité démographique

Résumé

Les Canadiens très âgés (« Oldest Olds ») forment une population distincte, appelée à prendre une place grandissante au pays. Il faut considérer cette réalité démographique dans l’élaboration des politiques publiques.

Faits saillants

Une population à étudier

Le fait d’atteindre l’âge de 85 ans est un phénomène de moins en moins marginal. Selon les tables de mortalité de Statistique Canada (2007), environ 10% des hommes et des femmes atteignaient l’âge de 85 ans en 1931. Par contre, 30% des hommes et 50% des femmes atteignent cet âge aujourd’hui, selon les données de 2001.

Le quatrième âge forme une population de mieux en mieux documentée. Pour Peter Laslett (1989), une personne entre dans le quatrième âge – celui des oldest-olds – quand elle devient physiquement dépendante. Une telle définition est basée sur la perte d’autonomie. Néanmoins, il est généralement admis par les démographes que l’on rejoint le groupe des oldest-olds à partir de 80 ou 85 ans (Robine, 2003), malgré le fait qu’une large minorité de personnes âgées ne vont jamais perdre leur autonomie. Il faut néanmoins rester conscient que ce seuil devrait demeurer variable dans le temps, l’espace et selon les caractéristiques des individus. L’intérêt pour l’étude scientifique de ce sous-groupe de la population est relativement récent étant donné qu’il rejoignait naguère un groupe relativement petit d’individus. Ce n’est plus le cas au XXIème siècle. D’une part des progrès importants ont été réalisés en matière de mortalité aux grands âges. Les dix principales causes de décès chez les 65 ans et plus (les maladies du cœur, les cancers, les maladies cardiovasculaires…) sont en déclin depuis le début du siècle, de sorte que l’espérance vie à 65 ans et à 85 ans a beaucoup progressé; d’autre part, les effectifs des cohortes nées dans les années quarante et cinquante, les Baby-Boomers, ont été de plus en plus imposants.

Une population en croissance

Au Canada, la population très âgée (85 ans et plus) augmente plus rapidement que l’ensemble de la population. Les Canadiens du quatrième âge (les « Oldest Olds » selon l’expression anglaise) forment donc une population croissante qui risque de manquer de services adéquats dans le futur. Cette réalité démographique a des conséquences majeures dans plusieurs sphères de la société.

Entre 1971 et 2013, la population canadienne totale croît de 60%, atteignant plus de 35 millions d’habitants. Pendant cette période, la population des 65 ans et plus est en croissance plus rapide que la population totale (205% vs 60%). Il y a ainsi un vieillissement de la population. Or, c’est dans la tranche des 85 ans et plus que l’augmentation est la plus importante, atteignant 405% (Figure 1). Cela s’explique en partie par un meilleur contrôle des maladies mortelles en particulier chez les personnes âgées et très âgées. La conséquence de la baisse de la mortalité aux grands âges est l’explosion du nombre de personnes de 85 ans et plus, dont un certain nombre deviendront centenaires et même supercentenaires (plus de de 110 ans) (Oeppen et Vaupel, 2002). Tant les actuaires que les démographes sont conscients de l’importance de ces personnes très âgées.

Figure1 et Figure 2

Comme en témoigne la Figure 2, l’espérance de vie à 85 ans croît de façon régulière depuis l’après-guerre. On remarque aussi que, depuis les années 90, la croissance de l’espérance de vie est plus élevée pour les hommes que pour les femmes. Pourquoi? Parce que le mode de vie des femmes se rapproche de plus en plus de celui des hommes et que les hommes font maintenant plus attention à leur santé. Ceci montre les changements appréhendés dans la composition des personnes très âgées. De plus, les gains les plus appréciables de l’espérance vie à 85 ans se produisent depuis le début des années 2000 (moyenne annuelle de croissance de 7.8% chez les femmes et de 9.8% chez les hommes). Cela illustre l’importance relative que les personnes de 85 ans et plus vont prendre dans les décennies à venir. En effet, selon trois sources (Statistique Canada, 2014; Nations Unies, 2014; Gerland et al., 2014), cette tendance à la hausse de la proportion des 85 ans et plus va perdurer. La Figure 3 montre qu’en 2060, le nombre de 85 ans et plus sera au moins 3,6 fois plus élevé qu’en 2015 soit 2,7 millions par rapport à 755 000. Bien qu’il faille être extrêmement prudent lors de ce type d’exercice de projection à très long terme, les Nations Unies et l’IIASA projettent de quatre à huit millions de personnes de 85 ans et plus au Canada en 2100 ce qui représenterait respectivement 8,6% et 15,2% de la population totale projetée.

Figure 3

Des besoins spéciaux

Être en santé, surtout chez les personnes âgées, ne signifie pas n’avoir aucune maladie : toutes en ont une et même plusieurs ! C’est leur degré d’indépendance par rapport à des incapacités plus ou moins nombreuses et invalidantes qui leur permettront d’éviter l’institutionnalisation. Elles pourront vivre à domicile sans trop de contraintes. Avec le vieillissement de la population, la hausse de la prévalence des maladies chroniques et les changements qui s’opèrent relativement à la prestation de soins de santé, il faut s’attendre à une augmentation des besoins en matière de soins et de service à domicile.

Par contre, pour répondre aux besoins des personnes très âgées de demain, il faut être conscient de l’évolution de leurs caractéristiques. Par exemple, le niveau éducation est une variable clé affectant l’ensemble du parcours de vie (fécondité, nuptialité, mode de vie, mortalité …). En 2015, un peu plus de 50% des 80 ans et plus ont moins de 13 ans de scolarité. On sait déjà qu’il en sera autrement dans le futur puisque les 65-74 ans d’aujourd’hui auront 80 ans et plus en 2030; près de 50% des hommes et 40% des femmes auront alors un diplôme d’études post-secondaires. Aujourd’hui, moins du tiers de hommes et le quart de femmes ont ce diplôme.

Dépenses de santé

Les dépenses consacrées à la santé par les gouvernements des provinces et des territoires varient dans les groupes d’âge des personnes âgées. En moyenne, les dépenses de santé les plus élevées par personne concernent les personnes de 80 ans et plus. Les dépenses de santé consacrées aux personnes très âgées sont plus élevées principalement pour deux raisons : le coût des soins de santé au cours des derniers mois de vie et les soins médicaux plus soutenus que nécessite généralement une minorité de la population atteinte de maladies chroniques en vieillissant. De plus, les données de l’Enquête canadienne sur l’expérience des soins de santé primaires (ECE-SSP) de 2008 indiquent une corrélation plus étroite entre la présence de multiples maladies chroniques et l’augmentation du recours aux services de santé qu’entre l’âge et l’utilisation (ICIS, 2011).

Politiques publiques

Bien que le domaine de la santé soit souvent le premier cité en matière de politiques publiques concernant les personnes très âgées, ce n’est pas la seule préoccupation des différents gouvernements et cela dans la grande majorité des pays. Outre la santé, ces politiques touchent généralement l’accessibilité aux logements, le nombre de places en établissement de santé et la sécurité financière. Ensemble, elles favorisent la dignité, l’autonomie, la participation, l’équité et la sécurité des ainées.

Conclusion

Ce rapport permet d’affirmer que le Canada est, en général, conscient du phénomène qu’est le vieillissement de la population. Par contre, l’arrivée, rapide et en grand nombre, des Baby-Boomers à des âges très élevés (« Oldest Olds ») générera de nouveaux enjeux de société qui se doivent d’être étudiés. Une planification de leurs besoins permettra une meilleure préparation au niveau des politiques publiques. Étant donné les nouveaux comportements et l’état de santé des personnes à des âges élevés de nos jours, il est primordial de continuer à élaborer des politiques publiques tenant compte des caractéristiques des personnes âgées et très âgées d’aujourd’hui et de demain. Il ne faut cependant pas diminuer les efforts mis dans l’élaboration de politiques publiques pour répondre le plus adéquatement possible à leurs besoins et leur permettre de demeurer le plus autonome possible et cela le plus longtemps possible. De plus, la promotion d’une attitude saine et positive envers les aînés contribuera à des relations saines entre les générations.

Bibliographie

À propos de l’étude

Ce dossier de politique résume l’étude intitulée « Les oldest-olds canadiens : une population en pleine croissance, mal connue et à risque de manquer de services adéquats » paru dans le Document de travail de Changements de population et parcours de vie: un réseau stratégique de connaissances.

Cette étude fut réalisée par Jacques Légaré, Yann Décarie, Kim Deslandes, et Yves Carrière.

Pour de plus amples informations, contactez Jacques Légaré.

Ce dossier de politique fut rédigé par Mathieu-Robert Sauvé.